Harcèlement scolaire : comment repérer les signes et réagir
Harcèlement scolaire : comment repérer les signes et réagir

Le harcèlement scolaire est une violence répétée, exercée par un ou plusieurs élèves sur un camarade qui ne peut pas se défendre. En France, selon l’enquête de la DEPP menée en novembre 2023 auprès de 21 700 élèves, 5 % des écoliers, 6 % des collégiens et 4 % des lycéens déclarent en être victimes.
Derrière ces pourcentages, il y a des enfants qui perdent le sommeil, l’envie d’apprendre et la confiance en eux. Et une règle que tous les professionnels constatent : plus la situation dure, plus la reconstruction sera longue.
Cet article s’appuie en partie sur mon expérience personnelle d’enseignant et vous donne les signes à repérer, les démarches précises à engager, les recours si l’école ne bouge pas, et les numéros qui fonctionnent vraiment.
Harcèlement scolaire : la définition et les formes concrètes
L’Éducation nationale retient trois critères cumulatifs :
- la répétition des actes négatifs dans le temps
- l’intention de nuire
- le déséquilibre de pouvoir entre l’auteur et la victime, qui empêche celle-ci de se défendre
Le lieu principal reste l’école : la classe, la cantine, les couloirs, la cour. Mais les faits se prolongent souvent sur le trajet et sur les réseaux sociaux.
Les formes se répartissent en plusieurs catégories :
- Verbale : insultes sur le physique, l’origine ou les croyances, moqueries répétées, rumeurs
- Physique : coups, bousculades, racket, vols d’affaires
- Psychologique : intimidations, menaces, mise à l’écart systématique
- Matérielle : fournitures détériorées, vêtements qui disparaissent
- Sexuelle ou sexiste : gestes non consentis, propos dégradants, diffusion d’images intimes
- Numérique : messages haineux, groupes privés créés pour se moquer d’un élève, vidéos humiliantes partagées en masse
Ne confondez pas conflit et harcèlement
C’est la distinction que je passe le plus de temps à expliquer aux familles, et elle change tout.
Dans un conflit, les deux enfants sont à peu près à armes égales. Chacun peut répondre, la dispute a un début et une fin, et les rôles peuvent s’inverser la semaine suivante.
Dans le harcèlement, le rapport est déséquilibré et figé. L’un domine, l’autre subit, et cela recommence. L’enfant visé ne peut pas répondre, ou ses tentatives aggravent la situation.
Si votre enfant vous dit « on s’est disputés » mais que la même scène revient chaque semaine avec les mêmes personnes, ce n’est plus un conflit.

Les signaux qui doivent alerter
Pris isolément, chacun de ces signes peut avoir une autre explication. C’est leur accumulation, et surtout leur installation dans la durée, qui doit vous faire poser des questions.
Dans le corps :
- Maux de ventre ou de tête qui reviennent le dimanche soir et le matin avant de partir
- Blessures inexpliquées, bleus, griffures, vêtements abîmés
- Troubles du sommeil, cauchemars, énurésie chez les plus jeunes
- Perte ou prise de poids rapide
Dans le comportement :
- Il ne parle plus de ses copains, n’invite plus personne, n’est plus invité
- Il s’énerve pour un rien à la maison, ou pleure sans raison apparente
- Il devient agressif avec ses frères et sœurs, ce qui est fréquent et trompeur
- Il demande à changer de trajet, d’horaire, de place dans le bus
À l’école :
- Chute brutale des résultats, devoirs non faits, matériel « oublié »
- Retards et absences qui se multiplient, souvent le même jour de la semaine
- Refus catégorique d’aller en classe, parfois avec des symptômes physiques réels
Une baisse de résultats n’est pas toujours le signe d’un harcèlement, et il existe d’autres causes au décrochage, comme l’ennui chez les élèves à haut potentiel. Mais une chute soudaine chez un enfant qui tenait sa route mérite toujours une question sur ce qui se passe dans la cour.
Sur le téléphone :
- Il sursaute ou se ferme quand une notification arrive
- Il supprime brutalement un compte, ou en crée un nouveau sans explication
- Son temps d’écran explose, ou disparaît d’un coup
Un point que je trouve glaçant dans l’enquête DEPP : parmi les élèves qui se disent embêtés souvent, seuls 32 % des collégiens et 22 % des lycéens demandent de l’aide. Chez les écoliers, ils sont encore 63 %. Autrement dit, plus l’enfant grandit, plus il se tait.
C’est aussi pour cela que l’entrée en 6e est un moment de vigilance particulier : nouvel établissement, groupe qui se recompose, et un âge où l’on commence à ne plus tout raconter à ses parents.
Certains enfants sont plus exposés
Les travaux sur le sujet convergent : la différence visible est un facteur de risque. Apparence physique, origine, orientation sexuelle réelle ou supposée, handicap, trouble du langage. Un élève qui lit à voix haute avec difficulté devant la classe est une cible facile, et c’est une des raisons pour lesquelles les aménagements pour les élèves DYS ne sont pas seulement pédagogiques : ils sont aussi protecteurs.
Ce que dit la loi
Depuis le 2 mars 2022, la loi n° 2022-299 fait du harcèlement scolaire un délit à part entière, inscrit à l’article 222-33-2-3 du Code pénal. Il couvre les faits commis entre élèves d’un même établissement, y compris lorsqu’ils se prolongent en ligne.
| Situation | Peine maximale | Amende maximale |
|---|---|---|
| Sans ITT ou ITT ≤ 8 jours | 3 ans d’emprisonnement | 45 000 € |
| ITT > 8 jours | 5 ans d’emprisonnement | 75 000 € |
| Suicide ou tentative de suicide de la victime | 10 ans d’emprisonnement | 150 000 € |
Une précision utile, parce que ce tableau fait peur à juste titre : ce sont les peines maximales prévues par le texte. Un mineur de 13 à 18 ans bénéficie de l’excuse de minorité, qui divise la peine encourue par deux, et un enfant de moins de 13 ans ne peut pas être condamné à une peine de prison. Dans la très grande majorité des cas, la réponse est éducative avant d’être pénale.
Ce qu’il faut retenir, en revanche, c’est que l’école a une obligation légale de prévention, de détection et de réaction. Le chef d’établissement doit informer les parents de la victime dès qu’une situation est identifiée. Et les parents d’un élève auteur peuvent, eux aussi, être convoqués dans le cadre de suites judiciaires ou éducatives.
Votre enfant est victime : les six étapes
Votre fille rentre en larmes, votre fils refuse de retourner en classe, ou vous découvrez des messages sur son téléphone. Voici l’ordre dans lequel procéder.
1. Écoutez sans réagir trop vite. Laissez-le raconter à son rythme, sans l’interrompre et sans demander « mais pourquoi tu n’as rien dit ? ». Cette question, même posée gentiment, s’entend comme un reproche. Dites-lui que vous le croyez, et que ce n’est pas sa faute.
2. Ne promettez pas le secret. C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus compréhensible. Un enfant demande souvent « ne dis rien à l’école ». Expliquez-lui que vous allez agir, que vous lui direz à chaque fois ce que vous faites, mais que vous ne pouvez pas vous taire.
3. Documentez. Notez les dates, les lieux, les prénoms, ce qui a été dit. Faites des captures d’écran avant toute suppression. Un cahier daté vaut infiniment mieux qu’un souvenir, le jour où vous serez face à la direction.
4. Contactez l’établissement par écrit. Demandez un rendez-vous au professeur principal, au CPE ou directement au chef d’établissement, et doublez l’appel d’un mail. L’écrit date votre démarche et vous protège. Mentionnez le programme pHARe, dont chaque établissement dispose.
5. Demandez des mesures précises. Pas « que ça s’arrête », mais : séparation des élèves concernés, changement de place, surveillance renforcée dans les lieux identifiés, et un point de suivi à une date fixée. Repartez de ce rendez-vous avec un calendrier.
6. Appelez le 3018. Gratuit, anonyme et confidentiel, ouvert 7 jours sur 7 de 9h à 23h, il est géré par l’association e-Enfance. Son équipe compte des psychologues et des juristes, et elle peut obtenir le retrait de contenus auprès des plateformes en quelques heures. Une application 3018 existe aussi.
En cas de violence physique, de menaces ou de danger, déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, et informez l’école de votre démarche.
Et si l’école ne fait rien ?
Cela arrive, et vous n’êtes pas démunie. Les recours existent, dans cet ordre :
- L’inspection académique (DSDEN) de votre département, par courrier recommandé, avec la copie de vos échanges avec l’établissement
- Le rectorat, et le référent harcèlement académique
- Le médiateur de l’Éducation nationale, saisissable en ligne
- Le Défenseur des droits, et sa mission Défense des enfants
Gardez une copie de tout. Un dossier chronologique, avec les dates et les réponses obtenues ou non, change radicalement la vitesse à laquelle une situation se débloque.

Élève : que faire si tu es victime, témoin ou auteur ?
Cette partie s’adresse directement aux jeunes. Les rôles ne sont pas figés : un même élève peut être harcelé dans une classe et participer à la mise à l’écart d’un autre ailleurs. L’objectif n’est pas de coller une étiquette, c’est d’arrêter la violence.
Si tu es victime :
- Parle à un adulte de confiance : un parent, un prof, un surveillant, l’infirmière
- Garde des preuves, captures d’écran et messages
- Ne réponds pas par la violence, ça se retournera contre toi
- Tu n’es responsable de rien. Ce qui t’arrive n’a rien à voir avec ce que tu es
Si tu es témoin :
- Ne ris pas, ne partage pas, ne like pas
- Va voir la personne visée, même en dehors du groupe, même en deux mots
- Signale les faits à un adulte. Ce n’est pas de la délation, c’est de la protection
Un point que la recherche établit clairement : c’est la réaction des témoins qui fait durer ou cesser une situation. Un harceleur qui ne trouve plus de public s’arrête.
Si tu es auteur :
- Ce que tu fais est interdit par la loi, avec des conséquences réelles
- Demande-toi ce que la personne en face ressent en se levant le matin
- Demande de l’aide pour changer : équipe éducative, psychologue, médiation
Cyberharcèlement : quand ça continue après 18 heures
Le cyberharcèlement ne remplace pas le harcèlement scolaire, il le prolonge. C’est ce qui le rend si difficile à vivre : il n’y a plus de porte à fermer derrière soi.
Il prend la forme d’attaques répétées par messages, commentaires ou stories, de groupes privés créés pour se moquer, de photos ou de vidéos diffusées sans consentement, parfois d’usurpation d’identité. Et il a ses propres caractéristiques : diffusion massive en quelques minutes, anonymat possible, et aucune heure de fin.
Les réflexes :
- Faire les captures d’écran avant de bloquer ou de signaler
- Bloquer et signaler les comptes auprès de la plateforme
- Ne jamais répondre aux messages haineux
- Reparamétrer la confidentialité des comptes
- Appeler le 3018, qui obtient des retraits que les signalements individuels n’obtiennent pas
Côté parents, la surveillance permanente du téléphone est contre-productive : elle pousse l’enfant à créer un second compte dont vous ne saurez rien. Ce qui fonctionne, c’est un dialogue régulier sur ses usages, sans jugement. C’est le même principe que pour l’utilisation de ChatGPT pour les devoirs : interdire pousse à cacher, comprendre permet d’accompagner.
Qui peut vous aider
Aucune famille ne devrait affronter cela seule.
Les numéros :
- 3018 : le numéro national unique contre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement. Gratuit, anonyme, confidentiel, 7 jours sur 7 de 9h à 23h. Il a remplacé l’ancien 3020, que vous trouverez encore cité sur de nombreux sites non mis à jour.
- 119 : Allô Enfance en danger, 24 heures sur 24, pour les situations de danger au sens large.
- 15, 17 ou 112 en cas de danger immédiat, de menaces graves ou de risque suicidaire. Sans attendre.
Dans l’établissement : le professeur principal, le CPE, le référent harcèlement, le chef d’établissement, l’infirmière scolaire, le psychologue de l’Éducation nationale, l’assistante sociale.
À l’extérieur : le CMP (centre médico-psychologique) de votre secteur, un psychologue libéral, un pédopsychiatre, ou une association spécialisée.
Prévenir au quotidien : le programme pHARe
Le programme pHARe est obligatoire dans toutes les écoles, tous les collèges et tous les lycées depuis la rentrée 2023. Il repose sur cinq piliers : éduquer pour prévenir, construire une communauté protectrice autour des élèves, intervenir efficacement sur les situations, associer les parents et les partenaires, et mobiliser les instances de la démocratie scolaire.
Concrètement, chaque collège et chaque lycée doit disposer d’au moins cinq personnels formés, de même que chaque circonscription du premier degré. Des élèves ambassadeurs sont également formés dans de nombreux établissements.
C’est une information à connaître : quand vous écrivez à la direction, mentionner pHARe signale que vous savez qu’un protocole existe et qu’il doit être appliqué.
Ce que vous pouvez faire à la maison :
- Poser des questions ouvertes sur les relations, pas seulement sur les notes. « Avec qui tu as mangé ce midi ? » en apprend plus que « ça s’est bien passé ? »
- Faire attention à la façon dont on parle des autres devant lui. L’empathie s’apprend par imitation avant de s’apprendre par leçon
- Parler des réseaux sociaux sans dramatiser ni banaliser
Après : accompagner la reconstruction
La fin des violences ne marque pas la fin du mal. C’est le point que les familles découvrent souvent avec surprise : le harceleur est sanctionné, la situation est réglée, et l’enfant ne va toujours pas bien.
Un suivi psychologique s’impose si les symptômes persistent : anxiété qui dure, cauchemars, phobie scolaire, troubles alimentaires, idées noires. N’attendez pas que cela passe tout seul.
Reconstruire la confiance prend du temps et passe par de petites choses. Valoriser des réussites concrètes plutôt que des encouragements vagues. Encourager une activité choisie par lui, hors du cadre scolaire, où il repart sans étiquette. Et reconstruire progressivement le rapport au travail, parce qu’un enfant qui a passé des mois à redouter la classe finit par détester ce qu’on y fait. J’ai écrit un article entier sur comment redonner confiance à un adolescent qui se dit nul, et le mécanisme est exactement le même ici.
Côté scolarité, des aménagements temporaires sont possibles et souvent sous-utilisés : changement de classe, changement d’établissement, scolarité partielle ou à distance via le CNED. Selon la situation, un dispositif d’accompagnement formalisé peut aussi être demandé, notamment lorsque les conséquences psychologiques affectent durablement les apprentissages. La direction doit vous accompagner dans ces démarches.
Enfin, reprendre pied scolairement se fait par étapes courtes, pas en rattrapant tout d’un coup. Une organisation du travail réaliste compte davantage, à ce moment-là, que le volume de ce qui est repris.
Questions fréquentes
Comment savoir si c’est du harcèlement ou une simple dispute ?
Posez-vous trois questions : est-ce que cela se répète ? Est-ce que mon enfant peut se défendre ? Est-ce que ce sont toujours les mêmes qui dominent ? Si vous répondez oui, non, oui, il s’agit de harcèlement.
Mon enfant me supplie de ne rien dire à l’école. Que faire ?
Agissez quand même, mais ne le prenez pas en traître. Expliquez-lui ce que vous allez faire, avec qui, et quand. Sa peur est légitime : il craint des représailles. Demandez justement à l’établissement que les mesures prises ne le désignent pas publiquement.
Comment prouver le harcèlement scolaire ?
Par un faisceau d’éléments : captures d’écran datées, témoignages d’autres élèves ou de parents, certificats médicaux en cas de blessures ou de retentissement psychologique, et le cahier chronologique que vous tenez. Aucun élément ne suffit seul, l’ensemble pèse lourd.
Faut-il changer mon enfant d’établissement ?
C’est parfois la bonne décision, mais rarement la première. Un changement qui intervient avant que la situation ait été traitée envoie à l’enfant le message que c’est lui qui doit partir. Commencez par exiger que l’établissement agisse, et gardez cette option pour la suite si rien ne change.
Mon enfant est accusé d’être harceleur. Comment réagir ?
Ne niez pas en bloc et ne punissez pas sans comprendre. Écoutez sa version, puis celle de l’école, et cherchez ce qu’il y a derrière : besoin de reconnaissance dans le groupe, difficultés personnelles, parfois son propre harcèlement subi ailleurs. Demandez un accompagnement éducatif plutôt qu’une simple sanction.
Un dernier mot. Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse, ni pour un enfant, ni pour un parent. Chaque adulte qui prend un signal au sérieux, qui ouvre le dialogue, qui note le 3018 dans son téléphone, fait reculer un peu ce phénomène.
Et si votre enfant ressort de cette période fâché avec l’école et avec le travail, c’est normal et ça se répare. Chez Studelio, André, notre tuteur IA de français, ne juge pas et ne met pas de note. Pour un élève qui a perdu confiance, pouvoir se tromper sans témoin est parfois le premier pas. Il fonctionne par questionnement socratique : il ne donne jamais la réponse, il aide l’élève à la trouver.