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Semaine de l’éducation aux médias : apprendre à trier l’info face à l’IA

Semaine éducation aux médias et les dangers de IA
Parents et famille Pédagogie

Semaine de l’éducation aux médias : apprendre à trier l’info face à l’IA

La Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information se tient du 24 au 31 octobre 2026, sous l’égide de l’UNESCO. Le thème officiel de cette édition est « We All Play a Part », que l’on peut traduire par « nous avons tous un rôle à jouer ». Il n’est donc pas réservé aux enseignants : il désigne explicitement les familles comme un maillon de l’éducation aux médias.

Cet article est écrit pour les parents de collégiens et de lycéens. Il ne propose pas un programme de formation pour les établissements, mais ce que vous pouvez faire à la maison, ce que l’école fait de son côté, et ce qui a réellement changé depuis que l’intelligence artificielle fabrique de l’information.

La Semaine mondiale 2026 : dates, thème et format

La Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information 2026 se déroule sur huit jours, du 24 au 31 octobre, dans un format décentralisé. Il n’y a pas un événement central mais des rendez-vous organisés par les bureaux de l’UNESCO et leurs partenaires, notamment une conférence à Montréal du 26 au 30 octobre, une rencontre sur les créateurs de contenus à Nairobi et un volet consacré à l’éducation formelle à New Delhi.

Le thème retenu, « We All Play a Part : Media and Information Literacy for the People », mérite un mot. L’UNESCO ne met pas l’intelligence artificielle au centre de cette édition, contrairement à ce qu’on lit un peu partout. Elle met la responsabilité collective : chercheurs, décideurs, régulateurs, créateurs de contenus, enseignants, parents et jeunes. C’est un cadrage plus intéressant qu’un énième avertissement sur les dangers de la technologie, parce qu’il suppose que personne ne peut déléguer entièrement cette éducation à l’école ni à une plateforme.

Ce que l’éducation aux médias désigne vraiment

L’éducation aux médias et à l’information, abrégée en EMI, rassemble les compétences qui permettent de comprendre, d’analyser et d’évaluer une information. Ce n’est pas une matière, c’est un objectif transversal, confié à plusieurs disciplines et au professeur documentaliste.

En France, elle n’est pas une initiative militante mais une obligation institutionnelle, fixée par la circulaire du 24 janvier 2022 relative à la généralisation de l’éducation aux médias et à l’information. Elle figure dans le socle commun, dans l’enseignement moral et civique, et largement dans les programmes de français, puisque distinguer un fait d’une opinion, identifier l’intention d’un auteur ou repérer un argument d’autorité sont des exercices de lecture avant d’être des exercices de technologie.

Concrètement, au collège et au lycée, l’EMI passe par le professeur documentaliste, qui en est le maître d’œuvre désigné, par les cours d’enseignement moral et civique, par le français, et par l’histoire-géographie. Chaque académie dispose en outre d’un référent EMI.

Où les adolescents s’informent réellement

Avant de parler de vérification, il faut regarder d’où vient l’information qui arrive chez un adolescent. Les chiffres les plus solides sont ceux du Digital News Report 2026 de l’institut Reuters, publié en juin et mené dans une cinquantaine de pays.

  • 52 % des 18-24 ans citent les réseaux sociaux, les plateformes vidéo et les agents conversationnels comme leur principal moyen de s’informer. La source suivante arrive trente-deux points derrière.
  • Instagram est la première plateforme d’actualité de cette tranche d’âge, utilisée par 42 % d’entre eux pour s’informer.
  • 10 % des personnes interrogées, tous âges confondus, utilisent un agent conversationnel au moins une fois par semaine pour s’informer, contre 7 % un an plus tôt. Chez les moins de 35 ans, la proportion monte à 16 %. En France, cet usage n’a pas progressé cette année.
  • 20 % seulement font confiance aux réponses d’un agent conversationnel, contre 37 % pour l’information en général.

Ce dernier chiffre est le plus parlant de tous, et c’est celui qui doit orienter une discussion à la maison. Les jeunes ne croient pas naïvement ce que leur dit une IA. Ils l’utilisent parce que c’est rapide, tout en s’en méfiant. Le problème n’est donc pas un excès de confiance, c’est l’absence d’un réflexe de vérification au moment où l’information est réutilisée, dans un exposé, une conversation ou un devoir.

Un mot sur les comptes que suivent vos enfants : tous ne se valent pas, et certains font un travail sérieux. J’ai recensé ceux que je recommande dans mon article sur les profs de français à suivre sur les réseaux sociaux, en vérifiant qui se cache derrière chaque compte.

Semaine education aux médias et IA

Ce que l’intelligence artificielle a changé

Trois phénomènes distincts sont souvent confondus sous le mot « IA ». Les distinguer est déjà un exercice d’esprit critique.

L’erreur de fabrication. Un modèle de langage produit des phrases plausibles, pas des phrases vraies. Il peut inventer une date, une citation, un auteur ou une référence, et il le fait avec le même aplomb que lorsqu’il a raison. On parle d’hallucination, et c’est le risque le plus fréquent dans un devoir : ce n’est pas une manipulation, c’est une erreur présentée comme un fait.

Le contenu fabriqué pour tromper. Les hypertrucages, plus connus sous le nom de deepfakes, sont des images, des vidéos ou des enregistrements audio produits dans l’intention d’être pris pour authentiques. Une voix clonée au téléphone et une vidéo d’un responsable politique prononçant des mots qu’il n’a jamais dits relèvent de cette catégorie.

Le volume. C’est le changement le plus structurel et le moins spectaculaire. Produire un article faux coûtait du temps ; cela n’en coûte plus. Des sites entiers sont désormais alimentés automatiquement, sans intention de nuire ni auteur identifiable, simplement pour capter de l’audience publicitaire.

Le droit a commencé à s’y adapter. Les obligations de transparence du règlement européen sur l’intelligence artificielle, prévues à son article 50, sont applicables depuis le mois d’août 2026 : les contenus générés doivent être marqués dans un format lisible par les machines, et les hypertrucages doivent être signalés comme tels. La Commission européenne prépare un code de bonnes pratiques pour en préciser l’application. Il faut toutefois expliquer à un adolescent que ce marquage ne protège que les contenus produits par des acteurs qui respectent la loi, c’est-à-dire pas ceux qui cherchent justement à tromper.

Quatre réflexes à installer, et un seul à retenir

Les listes de vérification sont nombreuses et se ressemblent. Voici les quatre questions qui couvrent la quasi-totalité des cas.

  • Qui le dit ? Un média identifiable avec une adresse et des responsables, un compte anonyme, ou aucun auteur du tout. L’absence d’auteur est en elle-même une information.
  • Quand ? Une photographie authentique d’un événement ancien, remise en circulation à propos d’un événement récent, est le procédé de désinformation le plus répandu et le plus facile à détecter.
  • Qui le dit aussi ? Si un fait important n’est rapporté que par une seule source, il y a deux explications : c’est une exclusivité, ou ce n’est pas vrai. La seconde est plus fréquente.
  • Qu’est-ce que ça me fait ressentir ? Un contenu conçu pour être partagé vise l’indignation, la peur ou le rire de connivence. La règle à transmettre est simple : plus un contenu provoque une réaction forte et immédiate, plus il faut attendre avant de le relayer.

Si vous ne devez en garder qu’un, gardez le dernier. C’est le seul qui fonctionne sans outil, sans connexion et sans compétence technique, et c’est aussi le seul qui s’applique aux contenus authentiques mais présentés de façon trompeuse.

Ce quatrième réflexe est d’ailleurs un exercice de français déguisé. Repérer une hyperbole, une question rhétorique, une accumulation ou un argument d’autorité dans un message, c’est exactement ce qu’on apprend à faire sur un texte littéraire. J’ai détaillé ces procédés dans mon article sur les figures de style à connaître, et ils fonctionnent aussi bien sur une publication virale que sur un poème.

Vérifier une image, une vidéo, un texte : ce qui marche et ce qui ne marche pas

Pour une image, la recherche inversée fonctionne. Elle consiste à soumettre l’image à un moteur de recherche pour retrouver ses occurrences antérieures. C’est la méthode la plus rentable à apprendre, parce qu’elle règle en trente secondes le cas le plus courant, celui de la photo authentique mais détournée de son contexte. Elle est accessible depuis n’importe quel téléphone.

Pour une vidéo, les extensions de vérification développées dans le cadre des projets européens de lutte contre la désinformation permettent d’extraire des images clés et de les soumettre à leur tour à une recherche inversée.

Pour un fait précis, les cellules de vérification des rédactions font le travail : AFP Factuel et, en France, le consortium DE FACTO, qui réunit des chercheurs, des journalistes et des acteurs de l’éducation aux médias. Chercher le sujet dans leurs archives avant de se lancer dans sa propre enquête fait gagner beaucoup de temps.

Pour un texte, en revanche, il faut être clair : les détecteurs de contenus générés par IA ne sont pas fiables. Ils produisent des faux positifs en quantité, et ils en produisent davantage sur certains profils d’élèves : ceux qui écrivent dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle, et ceux qui ont appris à construire des phrases régulières et bien structurées, c’est-à-dire précisément ce que nous leur demandons. Des accusations infondées d’élèves et d’étudiants ont été documentées à répétition.

Je le dis d’autant plus nettement que je suis enseignante : ne vous servez jamais de ces outils pour accuser votre enfant, et demandez à voir le raisonnement si on les invoque contre lui. Un pourcentage affiché par un détecteur n’est pas une preuve, c’est une estimation statistique sans valeur probante sur un texte unique.

Ce qui fonctionne, pour un texte, est plus ancien et plus efficace : une conversation. Demandez à votre enfant de vous expliquer son paragraphe, de justifier un choix de mot, de dire d’où vient telle idée. Un texte qu’on n’a pas écrit ne se défend pas. Cette méthode a l’avantage de ne jamais se tromper sur un élève qui a vraiment travaillé, et c’est le sujet de fond que j’aborde dans mon ado fait ses devoirs avec ChatGPT.

Trois exercices à faire à la maison cette semaine

Rien de tout cela ne demande de matériel ni de compétence particulière. Comptez vingt minutes par exercice.

1. La carte de ses sources. Demandez à votre enfant de lister, sans jugement, les dix comptes, chaînes ou applications d’où lui vient l’information : créateurs, chaînes vidéo, comptes d’amis, médias, agents conversationnels. Puis de les classer en trois colonnes : « je sais qui est derrière », « je ne sais pas », « je n’y avais jamais pensé ». La troisième colonne est toujours la plus instructive, pour vous comme pour lui. Faites l’exercice vous aussi, et comparez.

2. Le même sujet, trois versions. Prenez une actualité de la semaine. Faites-la lui chercher dans un article de presse, dans une vidéo courte, et auprès d’un agent conversationnel. Trois questions ensuite : quelles sources chacun cite-t-il, qu’est-ce qui est présent dans l’un et absent des autres, et lequel des trois pourrait se tromper sans que l’on s’en aperçoive. Cet exercice est celui qui produit le plus de prises de conscience, parce que l’agent conversationnel est souvent le plus clair et le plus agréable à lire, donc le plus convaincant.

3. La chasse à la photo recyclée. Prenez une image frappante circulant sur les réseaux, soumettez-la ensemble à une recherche inversée, et regardez sa date de première apparition. Une seule réussite suffit à installer durablement le réflexe.

Semaine éducation aux médias et IA

Ce que fait l’école, et ce que vous pouvez lui demander

L’EMI est pilotée par le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information, le CLEMI, opérateur public rattaché au réseau Canopé. Il forme les enseignants, publie des ressources gratuites et coordonne les opérations nationales. Les ressources officielles sont rassemblées sur Éduscol.

Le prochain temps fort est notable. Les Semaines de la presse et des médias dans l’École, dont ce sera la 38e édition, auront lieu du 15 au 28 mars 2027 sur le thème « S’informer en confiance ». Pour la première fois depuis 1990, l’opération s’étend sur deux semaines au lieu d’une. Les enseignants s’y inscrivent auprès du CLEMI, et les classes reçoivent des journaux et des ressources.

Trois questions utiles à poser lors d’une réunion parents-professeurs, qui ont le mérite d’être précises :

  • L’établissement participe-t-il aux Semaines de la presse en mars ?
  • Y a-t-il un média scolaire, journal ou webradio, auquel mon enfant pourrait participer ? C’est de loin l’activité qui fait le plus progresser, parce que produire de l’information est le meilleur moyen de comprendre comment elle se fabrique.
  • Quel usage de l’intelligence artificielle est attendu ou interdit dans les devoirs à la maison ? Les réponses varient fortement d’un établissement à l’autre, et parfois d’un enseignant à l’autre, et cette incertitude met les élèves en difficulté.

Sur cette dernière question, les écarts entre pays sont considérables et le cadre français se construit encore. J’ai comparé les approches dans mon article sur les pays les plus avancés sur l’IA à l’école, et j’ai détaillé ce qu’un outil d’aide aux devoirs peut raisonnablement apporter dans celui sur l’IA et l’aide aux devoirs au collège.

Pourquoi c’est un sujet de cours de français

On présente souvent l’éducation aux médias comme une affaire de technologie. C’est une erreur de perspective, et elle explique une partie de l’inefficacité des dispositifs.

Repérer qu’un texte avance une opinion sous l’apparence d’un fait, identifier à qui il s’adresse et dans quel but, distinguer ce qui est affirmé de ce qui est suggéré, remarquer qu’une citation a été coupée : ce sont des compétences de lecture. On les travaille sur Maupassant comme sur une publication virale, avec les mêmes outils. Un élève qui sait analyser l’implicite d’un texte littéraire le fait aussi sur une vidéo de trente secondes.

L’inverse est vrai également, et plus préoccupant. Un élève qui lit mal ne peut pas vérifier une information, parce que vérifier suppose de lire deux textes et de repérer ce qui diffère. Les difficultés de lecture sont donc le premier obstacle à l’esprit critique, bien avant l’absence de culture numérique. J’ai écrit sur ce point précis dans mon article sur les difficultés de lecture à l’entrée en 6e, et le programme officiel donne une place explicite à ces compétences, détaillée dans le programme de français au collège.

Et Studelio dans tout ça

Studelio est une plateforme de soutien scolaire en français pour les collégiens et les lycéens, conçue par deux enseignants de français. Je précise d’emblée ce qu’elle n’est pas : ce n’est pas un outil de vérification de l’information, elle n’analyse pas les images et elle ne détecte pas les hypertrucages.

Ce qu’elle apporte sur ce sujet est ailleurs, et c’est plus fondamental. André, notre tuteur IA, ne donne jamais la réponse. Il pose une question, attend la réponse de l’élève, lui demande de justifier, revient dessus quand c’est faux. C’est le principe du questionnement socratique, et c’est l’exact opposé de l’usage que les adolescents font spontanément d’un agent conversationnel.

Cette différence est en elle-même une leçon d’éducation aux médias. Un élève qui a l’habitude de devoir justifier ce qu’il avance, et à qui un outil numérique a appris à le faire plutôt qu’à lui fournir une conclusion, n’a pas le même rapport à une réponse d’IA qu’un élève pour qui le numérique a toujours servi à obtenir le résultat sans le chemin. Le travail de fond, lui, reste le même : la lecture, la grammaire, la dictée, le commentaire de texte, tout le programme officiel de la 6e au bac de français.

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Questions fréquentes

Quand a lieu la Semaine de l’éducation aux médias 2026 ?

La Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information se tient du 24 au 31 octobre 2026, à l’initiative de l’UNESCO, sur le thème « We All Play a Part ».

Qu’est-ce que l’EMI ?

L’éducation aux médias et à l’information désigne l’ensemble des compétences permettant de comprendre, d’analyser et d’évaluer une information. En France, sa généralisation est organisée par la circulaire du 24 janvier 2022, et le professeur documentaliste en est le maître d’œuvre dans l’établissement.

Les détecteurs de texte généré par IA sont-ils fiables ?

Non. Ils produisent de nombreux faux positifs, en particulier sur les textes d’élèves non francophones d’origine ou sur les textes bien structurés. Le pourcentage qu’ils affichent n’a aucune valeur de preuve sur un texte unique et ne doit jamais servir à accuser un élève.

Comment vérifier si une photo est authentique ?

La recherche d’image inversée est la méthode la plus simple et la plus efficace : elle permet de retrouver les apparitions antérieures de l’image et sa date de première publication. Elle règle le cas le plus courant, celui de la photo authentique sortie de son contexte.

Les contenus générés par IA doivent-ils être signalés ?

Oui, en Europe. Les obligations de transparence de l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle sont applicables depuis août 2026 : les contenus générés doivent être marqués et les hypertrucages signalés. Cette obligation ne contraint toutefois que les acteurs qui respectent la réglementation.

Quand a lieu la Semaine de la presse à l’école en 2027 ?

Les Semaines de la presse et des médias dans l’École se déroulent du 15 au 28 mars 2027, sur le thème « S’informer en confiance ». C’est la première fois depuis 1990 que l’opération s’étend sur deux semaines.

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